Plein air

Là le silence

puis ton regard où je devine

quoi ? un paysage brun, du sable dans le vent Lire la suite « Plein air »

Réécriture

Au fond de tes yeux, j’aimerais

tatouer en filigrane, tes pensées

et les reflets colorés de ta bouche

qui se confond avec le réel.

Y respirer, par petites gorgées, l’encre grise du silence.

Gommer ensuite la peau de tes apparences.

Grignoter les pelures.

Sous le vélin, se découvrir transparents

et limailler à l’ombre de majuscules.

Et percer ton secret, peut-être.

À cœur ouvert

À choisir entre homme ou animal, affamé de pouvoir, il a préféré déployer ses ailes sombres sur un horizon de lichen.

Des fourmis dans le corps, ma nature florifère se révèle en bulbes, racines, grain de peau. De ces greffes, germent les premières systoles. Étendus côte à côte toute une saison, ses soubresauts d’outre-tombe ont l’effet d’électrochocs.

Une détestable promesse de retour à la vie étouffe sa méfiance. Ma colère nue peut enfin imploser. Un festin écorché. Mon cœur empoisonné. Qu’il le mange !

Mon arbre

Sur la côte effondrée, mon arbre, courbé par le vent, redoute le point du jour. Tes racines plongent dans un flux iridescent, tandis que la falaise de calcaire tente de résister, strate après strate, à l’assaut des vagues et du temps.

Bientôt, ce sont des rayons de soleil qui transpercent ta peau de feuilles; et sur la mienne, une tempête s’amuse à y projeter des ombres nervurées.

Collée à ton écorce, je ferme les yeux et deviens ton parfum. Le long de tes tiges, l’eau ruisselle comme des perles autour de mon cou.

C’est par toi que je respire, et dans mon ventre, j’entends le gazouillis d’un oiseau. Sur mes lèvres de sel, plus de mots inutiles. Mes veines irriguent le paysage peu à peu.

Enfin, quand l’ombre de la nuit étouffe le faisceau de tes branches redevenus calmes, tu aspires à faire tomber les lucioles du ciel, dans ma chevelure.

Méduse : Aquatinte aquatique

La morsure de l’acide a provoqué des signes aléatoires et des cicatrices sur cuivre. Plus les gerçures sont profondes, plus l’encre y reste emprisonnée et la danseuse de flanelle vengée.

À travers sa peau translucide, résonne l’écho des contractions de son corps contre l’attirance du vide. De cette obscurité amère, gonfle la sécheresse de sa désinvolture froide.

Porté par le flux marin et déterminé à s’extraire des abysses, l’hydre perpétuel, finira, dans un dernier battement, par échouer sur un rivage de résine. Exsangue et piquant, dans une solitude de perchlorure, il se métamorphosera à la prochaine effervescence.

 

Le Serpent qui danse

Que j’aime voir, chère indolente, / De ton corps si beau, / Comme une étoile vacillante, / Miroiter la peau !

Sur ta chevelure profonde / Aux âcres parfums, / Mer odorante et vagabonde / Aux flots bleus et bruns,

Comme un navire qui s’éveille / Au vent du matin, / Mon âme rêveuse appareille / Pour un ciel lointain.

Tes yeux, où rien ne se révèle / De doux ni d’amer, / Sont deux bijoux froids où se mêle / L’or avec le fer.

A te voir marcher en cadence, / Belle d’abandon, / On dirait un serpent qui danse au bout d’un bâton.

Sous le fardeau de ta paresse / Ta tête d’enfant / Se balance avec la mollesse / D’un jeune éléphant,

Et ton corps se penche et s’allonge / Comme un fin vaisseau / Qui roule bord sur bord, et plonge / Ses vergues dans l’eau.

Comme un flot grossi par la fonte / Des glaciers grondants, / Quand ta salive exquise monte / Aux bords de tes dents,

Je crois boire un vin de Bohême / Amer et vainqueur, / Un ciel liquide qui parsème / D’étoiles mon cœur !

De la part de Charles Baudelaire pour les amoureux de l’accent circonflexe…

 

Sève et bronze

Le Pin des Landes

On ne voit en passant par les Landes désertes / Vrai Sahara français poudré de sable blanc / Surgir de l’herbe sèche et des flaques d’eaux vertes / D’autre arbre que le pin avec sa plaie au flanc,

Car pour lui dérober ses larmes de résine, / L’homme avare bourreau de la création, / Qui ne vit qu’aux dépens de ceux qu’il assassine, / Dans son tronc douloureux ouvre un large sillon !

Sans regretter son sang qui coule goutte à goutte, / Le pin verse sa larme et sa sève qui bout, / Et se tient toujours droit sur le bord de la route, / Comme un soldat blessé qui veut mourir debout.

Le poète est ainsi dans les Landes du monde; / Lorsqu’il est sans blessure, il garde son trésor./ Il faut qu’il ait au cœur une entaille profonde / Pour épancher ses vers, divines larmes d’or !

Poème de Théophile Gautier (1811 – 1872)

 

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