Racine(s)

Tel est le thème de la seconde édition de la biennale de l’estampe contemporaine, organisée par l’association Graver maintenant. Vous trouverez plus d’infos en cliquant  ici et !

270 estampes sélectionnées dont celle que j’ai nommée Mon arbre (pointe sèche sur cuivre, eaux fortes, aquatinte au sucre).

À 1 heure de Paris, et 45 minutes de Chartres, à voir jusqu’au 17 juin 2018, à Dreux. Si vous voulez une visite guidée, sait-on jamais ? faites-moi signe !

Mon arbre - version finale

Déjà dans mes premiers dessins d’enfant, j’aimais dessiner au crayon gris, les contours des falaises d’une ligne naïve, avec de l’herbe que j’imaginais verte et des pâquerettes, comme jetées sur un drap froissé. Au loin, l’océan.

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À cœur ouvert

À choisir entre homme ou animal, affamé de pouvoir, il a préféré déployer ses ailes sombres sur un horizon de lichen.

Des fourmis dans le corps, ma nature florifère se révèle en bulbes, racines, grain de peau. De ces greffes, germent les premières systoles. Étendus côte à côte toute une saison, ses soubresauts d’outre-tombe ont l’effet d’électrochocs.

Une détestable promesse de retour à la vie étouffe sa méfiance. Ma colère nue peut enfin imploser. Un festin écorché. Mon cœur empoisonné. Qu’il le mange !

Nuit noire

Nous  ne serons jamais ensemble. L’univers lui-même joue contre nous. Tout me mène à toi alors que tu t’étoiles. Tout nous ment, comme ce ciel nocturne qui promet le jour à force de soleils.

Distante et captive, je n’ai d’énergie que pour un espace-temps informe, et des constellations en expansion. Mes rétines font le point sur la Voie lactée qui explose, mais sans nous éclabousser de sa lumière. Attendons encore 2 millions d’années.

Seule, la lune fossilisée fait miroiter des fragments stellaires et, sans gravité, sa courbure indécise. Mes hémisphères aussi cicatrisent. Alors, sous mes paupières organiques, j’étire à l’infini

nos secondes d’Andromède. Que tu m’attendes, que tu partes, tout finira par s’éteindre.

Mon arbre

Sur la côte effondrée, mon arbre, courbé par le vent, redoute le point du jour. Tes racines plongent dans un flux iridescent, tandis que la falaise de calcaire tente de résister, strate après strate, à l’assaut des vagues et du temps.

Bientôt, ce sont des rayons de soleil qui transpercent ta peau de feuilles; et sur la mienne, une tempête s’amuse à y projeter des ombres nervurées.

Collée à ton écorce, je ferme les yeux et deviens ton parfum. Le long de tes tiges, l’eau ruisselle comme des perles autour de mon cou.

C’est par toi que je respire, et dans mon ventre, j’entends le gazouillis d’un oiseau. Sur mes lèvres de sel, plus de mots inutiles. Mes veines irriguent le paysage peu à peu.

Enfin, quand l’ombre de la nuit étouffe le faisceau de tes branches redevenus calmes, tu aspires à faire tomber les lucioles du ciel, dans ma chevelure.

Méduse : Aquatinte aquatique

La morsure de l’acide a provoqué des signes aléatoires et des cicatrices sur cuivre. Plus les gerçures sont profondes, plus l’encre y reste emprisonnée et la danseuse de flanelle vengée.

À travers sa peau translucide, résonne l’écho des contractions de son corps contre l’attirance du vide. De cette obscurité amère, gonfle la sécheresse de sa désinvolture froide.

Porté par le flux marin et déterminé à s’extraire des abysses, l’hydre perpétuel, finira, dans un dernier battement, par échouer sur un rivage de résine. Exsangue et piquant, dans une solitude de perchlorure, il se métamorphosera à la prochaine effervescence.

 

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